Donner de son temps, transmettre son expérience, se sentir utile, rencontrer de nouvelles personnes, contribuer à une cause qui nous tient à cœur… Le bénévolat peut apporter énormément.
Mais lorsqu’on a envie d’aider, un petit piège peut parfois se glisser dans l’équation : à force de vouloir donner, on finit par trop donner.
On accepte une mission supplémentaire alors que notre agenda est déjà bien rempli. On hésite à dire non parce qu’on ne veut pas décevoir. On prend davantage de responsabilités parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse. Et, progressivement, ce qui était au départ une source de plaisir peut devenir une obligation.
La fatigue s’installe. L’enthousiasme diminue. Et parfois, on finit par tout arrêter.
Pourtant, s’engager durablement ne signifie pas être disponible tout le temps ni accepter toutes les missions. Cela suppose au contraire de trouver la bonne place pour le bénévolat dans sa vie, en tenant compte de ses envies, mais aussi de ses limites, de son énergie et de ses ressources.
C’est tout l’intérêt de la boussole du bénévole : quatre directions pour mieux se connaître et construire un engagement qui reste une source de satisfaction dans la durée.
Le Nord : pourquoi ai-je envie de m’engager ?
Avant de se demander combien d’heures consacrer au bénévolat ou quelle mission choisir, une première question mérite d’être posée : pourquoi ai-je envie de m’engager ?
Les motivations peuvent être très différentes d’une personne à l’autre.
On peut vouloir transmettre des compétences acquises pendant toute une vie professionnelle. Rencontrer de nouvelles personnes. Soutenir une cause qui nous touche personnellement. Se sentir utile. Participer davantage à la vie de sa communauté. Ou simplement avoir envie de consacrer une partie de son temps à quelque chose qui a du sens.
Il n’existe évidemment pas de « bonne » motivation. L’important est de connaître la sienne.
La boussole propose donc de commencer par trois questions simples : quel est le sens de mon engagement ? Pourquoi est-ce important pour moi ? Qu’est-ce que j’ai envie d’apporter ?
Cette intention devient ensuite un véritable point de repère. Elle permet de choisir plus facilement les missions qui nous correspondent… mais aussi de reconnaître celles qui nous éloignent progressivement de ce que nous étions venu chercher dans le bénévolat.
Le Sud : connaître ses limites pour mieux s’engager
Parler de limites lorsqu’on parle de bénévolat peut sembler paradoxal. Après tout, s’engager, c’est donner de soi.
Mais donner de soi ne signifie pas tout donner.
Nos disponibilités, notre santé, notre vie familiale, nos déplacements, nos autres engagements ou tout simplement certaines périodes de fatigue font partie de la réalité. Les ignorer ne les fait pas disparaître.
Au contraire, reconnaître ses contraintes permet de définir un cadre réaliste et protecteur. Comme le rappelle la méthode de la boussole, les limites ne bloquent pas l’engagement : elles le rendent durable.
La première limite à identifier est souvent celle du temps.
Combien de temps puis-je réellement consacrer au bénévolat sans déséquilibrer le reste de ma vie ?
Pour certaines personnes, ce sera deux heures chaque semaine. Pour d’autres, un atelier par mois ou une participation ponctuelle à certains projets.
L’essentiel n’est pas la quantité de temps donné. C’est de trouver son propre rythme et, surtout, de s’autoriser à le respecter.
L’Est : écouter son énergie avant qu’elle ne s’épuise
Avoir du temps disponible ne signifie pas nécessairement avoir de l’énergie disponible.
Et nous ne puisons pas tous notre énergie au même endroit.
Certaines personnes adorent organiser, coordonner ou planifier. D’autres prennent plaisir à animer un groupe. Certaines préfèrent accompagner une personne individuellement tandis que d’autres se sentent parfaitement à leur place en soutenant un projet en coulisses.
Un engagement qui correspond à notre personnalité et à notre niveau d’énergie a davantage de chances de rester agréable dans le temps.
À l'inverse, certains comportements doivent nous alerter : vouloir trop bien faire, dire systématiquement oui, accumuler les responsabilités, vouloir « sauver tout le monde », ne plus oser refuser ou finir par se sentir indispensable.
Car le bénévolat n’est pas un sacrifice.
Pour savoir où l’on en est, la boussole propose un outil très simple : le feu tricolore de l’engagement.
- Vert : je me sens bien dans mon engagement.
- Orange : je commence à ressentir de la fatigue, il est temps de ralentir.
- Rouge : j’ai besoin de faire une pause et de prendre un peu de recul avant de revenir.
Fatigue inhabituelle, perte de plaisir, irritabilité, impression de « devoir » faire les choses ou sentiment d’être devenu indispensable sont autant de signaux qui peuvent indiquer qu’il est temps de lever le pied.
Et ralentir ne signifie pas abandonner son engagement. Cela peut justement être ce qui permet de le poursuivre.
L’Ouest : identifier ce qui nous permet de nous ressourcer
Pour donner dans la durée, encore faut-il pouvoir refaire régulièrement le plein.
Le dernier axe de la boussole consiste donc à identifier nos ressources en prenant en compte trois dimensions : le mental, les émotions et le corps.
Du côté mental, cela peut passer par une meilleure organisation : clarifier les rôles et les responsabilités, planifier, déléguer ou simplifier certaines tâches.
Du côté émotionnel, le plaisir, la reconnaissance et la qualité des relations ont toute leur importance. Parce que si le bénévolat consiste à apporter quelque chose aux autres, il doit aussi continuer à apporter quelque chose à la personne qui s’engage : notamment de la joie.
Enfin, le corps a lui aussi besoin d’être entendu : faire des pauses, respirer, passer du temps à l’extérieur ou partager certaines actions avec d’autres bénévoles peuvent contribuer à préserver son énergie.
Le collectif constitue d’ailleurs une ressource précieuse. Coanimer, demander de l’aide, échanger avec les autres bénévoles ou communiquer avec l’organisme permet de ne pas tout porter seul. Parce qu’une responsabilité partagée est aussi une responsabilité plus légère.
Et vous, à quoi ressemble votre engagement idéal ?
Une fois les quatre directions explorées, la boussole commence à dessiner quelque chose de beaucoup plus personnel : votre manière de vous engager.
Au Nord, votre intention vous indique où vous souhaitez aller.
Au Sud, vos limites deviennent vos points de vigilance.
À l’Est, votre énergie vous aide à déterminer ce que vous pouvez et souhaitez réellement investir.
À l’Ouest, vos ressources vous rappellent ce sur quoi vous pouvez vous appuyer pour préserver votre équilibre.
Il ne reste alors peut-être qu’une dernière question à se poser : l’engagement que je suis en train de construire me permet-il encore d’aider avec envie et avec plaisir ?
Car la générosité ne se mesure pas au nombre d’heures données, au nombre de responsabilités acceptées ou à notre capacité à être toujours disponible.
Elle peut aussi consister à savoir jusqu’où donner pour pouvoir continuer à le faire.

